Une tribune de Juliane Tortes Saint-Jammes mise en une sur Mediapart
Il y a des textes qui arrivent au bon moment. Celui publié par Juliane Tortes Saint-Jammes le 5 mai 2026 sur Mediapart en fait partie, et la rédaction l’a visiblement pensé aussi, puisqu’il a été mis en une la semaine dernière. Une fierté pour CAMEA, et une reconnaissance qui dit quelque chose de l’importance du sujet.
Partie du scandale du périscolaire parisien, Juliane y pose une question que la clinique du trauma formule depuis longtemps, mais que le débat public peine encore à entendre : et si le problème n’était pas seulement que les enfants ne parlent pas, mais que nos institutions ne savent pas structurellement comment les écouter ?
Ce qui se joue derrière cette question, c’est un malentendu profond entre ce que produit un cerveau traumatisé et ce que la justice attend d’un récit crédible. La mémoire traumatique chez l’enfant ne se présente pas sous forme d’un récit ordonné, daté, cohérent : elle se présente par fragments. La sidération péri-traumatique peut avoir inhibé toute réaction visible au moment des faits. La dissociation peut avoir maintenu certains pans du souvenir hors d’atteinte pendant des années. Ce sont des mécanismes de protection neurobiologiques, documentés depuis trente ans dans la littérature scientifique. Cependant, aujourd’hui, ils produisent exactement ce que la justice considère comme suspect : un récit fragmenté, des contradictions, des révélations tardives. Autrement dit : le symptôme du trauma devient un argument contre la victime.
Cette tribune ne se contente pas de décrire : elle propose : formation des professionnels de justice à la neurobiologie du psychotraumatisme, déploiement effectif des UAPED, généralisation du protocole NICHD pour l’audition des mineurs, protection juridique des médecins signalants. Autant de demandes portées de longue date par la CIIVISE, que Juliane remet en perspective avec la clarté de quelqu’un qui voit, en consultation, ce que coûte leur absence.
Ce texte est né de la pratique clinique quotidienne au sein du centre CAMEA. Le voir circuler aussi largement, c’est la confirmation que cette pratique a des choses à dire au-delà des murs du cabinet, et qu’on a raison de ne pas les garder pour soi.
Retrouvez la tribune en intégralité s
ur Mediapart.