Certains événements marquent une année. Les 10èmes Journées de l’AFTD, qui se sont tenues les 20 et 21 mars 2026 à Paris, en font partie. Réunissant des professionnel·le·s francophones spécialisé·e·s dans le trauma et la dissociation, ces journées portaient cette année sur un sujet difficile mais incontournable : « Inceste et Dissociation ». Le Centre CAMEA y était présent, et pas seulement comme spectateur.
Se confronter aux questions qui comptent vraiment
La thématique de cette édition dit quelque chose d’essentiel : l’inceste et ses conséquences dissociatives occupent une place croissante dans nos pratiques cliniques, et celles et ceux qui y travaillent le savent : les outils thérapeutiques classiques ne suffisent pas toujours. C’est précisément dans cet espace, entre la pratique qui accroche et la recherche qui éclaire, que le travail présenté par CAMEA prend tout son sens.
Un poster né d’une collaboration de terrain
Juliane Tortes Saint-Jammes et May
a Larribité et Alix Lavandier ( coordinatrice des projets de recherche au CH de Cadillac et responsable recherche) du Centre CAMEA ont co-construit un e-poster qui ne ressemble pas à un travail académique ordinaire. Intitulé « Revue critique des adaptations du protocole standard EMDR dans le TSPT Complexe et les symptômes dissociatifs », il part d’un constat simple : les clinicien·ne·s qui utilisent l’EMDR avec des patients complexes manquent souvent de repères clairs sur comment adapter leur pratique en toute sécurité.
Présenté sous forme de flash talk (180 secondes), ce travail répond à ce besoin de façon direct : conçu comme une fiche technique pratique, il formule des préconisations concrètes pour l’utilisation de l’EMDR auprès de patients présentant un TSPT complexe et des symptômes dissociatifs, en visant la sécurité et la stabilité du processus thérapeutique. C’est ce positionnement, ancré dans le réel de la consultation, qui reflète bien l’ADN de CAMEA.
Ce travail a reçu le premier prix de la catégorie « poster réflexif », décerné par le Dr Géraldine Tapia, maîtresse de conférence, et Lionel Souche, psychologue clinicien, tous deux membres du comité de l’AFTD. Une belle reconnaissance pour une démarche qui allie rigueur scientifique et utilité clinique au quotidien.
Être présent là où ça avance
Participer aux Journées de l’AFTD, c’est aussi choisir de s’inscrire dans une communauté professionnelle qui prend au sérieux la complexité du trauma. Pour CAMEA, ces journées sont une façon de rester en lien avec ce qui se pense et se fait ailleurs, de contribuer au débat clinique, et de porter une voix ancrée dans la pratique quotidienne auprès de patients
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Deux jours, c’est dense. Les interventions se succèdent, les idées s’accumulent, et il faut du temps pour décanter. Le vendredi a été consacré aux ateliers : Ellert Nijenhuis sur la question de la douleur de la dissociation face à ses bénéfices, Marie de Chambure et David Tisseyre sur l’incestuel et les zones aveugles du lien thérapeutique, Emmanuelle Vaux-Lacroix sur les protocoles EMDR adaptés à l’inceste, et Ivy Daure sur le génogramme et le jeu Amour monstre comme outils pour penser la clinique de l’inceste. Le samedi a ouvert sur cinq conférences plénières, introduites par Sophie Le Quillec Obin, présidente de l’AFTD : Maître Caroline Poiré sur la compréhension de la dissociation au service de la défense des victimes, Joanna Smith sur les profils des agresseurs incestueux, le Dr François Louboff sur la honte et la trahison dans l’inceste fraternel, Thérèse Cuttelod sur la dissociation chez les enfants victimes, et Ellert Nijenhuis en clôture sur l’inceste comme conflit entre attachement et autodéfense. La recherche a été mise à l’honneur, avec plusieurs posters, dont celui de Julie Francols sur l’amnésie traumatique et ses implications judiciaires dans les cas d’inceste, ainsi que les deux prix empiriques ex-aequo à Lori Petrocelli et Flora Descartes, pour des travaux qui disent quelque chose d’important sur l’état du champ : la dissociation et le trauma se trouvent de plus en plus au croisement d’autres tableaux cliniques complexes, le trouble borderline en tête. Des recherches qui dérangent les cases, et c’est tant mieux. La bourse AFTD a quant à elle été attribuée à une recherche qui touche au cœur de ce que vivent les patients : Ophélie Gallardo sur les trajectoires, souvent chaotiques, de prise en charge des violences sexuelles dans l’enfance. Des sujets inconfortables, nécessaires, et enfin visibles. Mention spéciale à la clôture artistique portée par l’AFTD, un vrai moment de partage et d’émotions.
Parmi les nombreuses choses à retenir, une proposition d’Ellert Nijenhuis a particulièrement retenu notre attention : celle de parler d’« agent dissociatif » plutôt que de « partie ». Un glissement terminologique qui n’est pas anodin : le mot « partie » s’est tellement diffusé dans d’autres approches thérapeutiques qu’il a perdu de sa précision conceptuelle. Derrière ce choix de vocabulaire, c’est toute une exigence théorique qui s’affirme : nommer juste pour penser juste, et penser juste pour soigner mieux. Un rappel utile, dans un champ où la rigueur conceptuelle est aussi une forme de respect envers les patients.
Un grand bravo et un immense merci à l’AFTD pour la confiance et pour la qualité d’une organisation qui, édition après édition, fait de ces journées un rendez-vous qui compte.