Depuis le 22 juillet, la Gironde traverse une crise écologique et humaine d’une ampleur rare. Et comme toujours dans les situations de catastrophe, ce qui se voit comme les flammes, les évacuations, les destructions, ne dit rien de ce qui se joue silencieusement dans les semaines et les mois qui suivent.
C’est précisément là qu’intervient la psychotraumatologie. Juliane Tortes Saint-Jammes, directrice de CAMEA, a publié cette semaine une tribune sur Mediapart pour rappeler ce que la clinique du trauma sait depuis longtemps : face à une même menace, nous ne sommes pas égaux. Les réactions pendant et après un événement comme un incendie (sidération, refus d’évacuer, calme apparent, hypervigilance dans l’après-coup) ne sont pas des choix moraux : ce sont des mécanismes psychiques, souvent automatiques, façonnés par notre histoire, nos ressources et notre environnement social.
Ce que la tribune soulève résonne directement avec le travail quotidien de CAMEA : les personnes exposées à un traumatisme ne développent pas toutes un TSPT, mais certaines populations sont particulièrement vulnérables, celles qui portent déjà des traumatismes antérieurs, les plus précaires, les enfants, les intervenants. Et lorsque les symptômes s’installent, ils peuvent couver longtemps avant d’être reconnus et pris en charge.
Ce que le stress et le trauma font au corps et à l’esprit
Face à une menace, le cerveau ne raisonne pas : il réagit. Les circuits de détection du danger s’activent en quelques fractions de seconde, bien avant que la pensée consciente puisse intervenir. Cette réaction prend des formes très différentes selon les personnes et les situations, et aucune n’est plus légitime qu’une autre.
Certains basculent dans la fuite ou l’agitation : besoin impérieux de partir, de bouger, d’agir, parfois dans la précipitation. D’autres se figent, incapables de se lever, de décider, de parler. D’autres encore semblent fonctionner normalement, presque mécaniquement, et ne ressentent la charge qu’après coup, quand la menace immédiate est passée. La dissociation péritraumatique, ce sentiment d’irréalité, de détachement, de temps suspendu, peut s’imposer pendant l’événement lui-même, sans que la personne puisse l’anticiper ou le contrôler.
Dans les jours et les semaines qui suivent, des signes peuvent apparaître : images ou souvenirs qui reviennent sans prévenir, troubles du sommeil, sursauts, irritabilité, évitement de certains lieux ou de certaines odeurs, sentiment d’être encore en danger alors que la menace est passée. Ces réactions sont normales après un événement anormal. Elles ne signifient pas que quelque chose ne va pas : elles signifient que le psychisme est en train de traiter ce qu’il a vécu.
La plupart du temps, elles s’atténuent spontanément, portées par le soutien de l’entourage et le retour progressif à un quotidien stable. Mais pour une partie des personnes exposées, elles peuvent s’installer, s’intensifier, et évoluer vers un trouble de stress post-traumatique. C’est à ce moment-là qu’un accompagnement spécialisé fait toute la différence, et qu’il est important de ne pas attendre.
Si vous ou l’un de vos proches avez été touché par les incendies et ressentez le besoin d’un accompagnement, des professionnel.les spécialisé.es en psychotraumatologie sont disponibles partout en France. L’annuaire des praticien.nes accrédité.es EMDR est consultable directement sur le site d’EMDR France.
La tribune de Juliane est à lire dans son intégralité sur Mediapart.